Sauvegarder les vignobles en terrasses

Le Valais au pied du mur!

(15.1.2002 DB) Il faut sauver les murs de pierres sèches du Valais, authentique patrimoine du Vieux-Pays ! Ce cri d'alarme a été lancé par le conseiller d'Etat Wilhelm Schnyder, chef du Département des finances, de l'agriculture et des affaires extérieures. Selon le représentant de l'Exécutif cantonal, il est aujourd'hui urgent de réagir, puisque c'est toute une partie du patrimoine cantonal qui est menacée. Compte tenu du résultat de deux études commandées par le Service de l'agriculture, le canton du Valais propose une démarche en six étapes.

Murs de vignes à l'entrée de Sion

Le Valais, ses majestueuses montagnes, son impressionnant décor, ses nombreuses vallées latérales et ses vignes en forte pente, voilà résumé de manière schématique le Vieux-Pays. Parmi ces vignes de la vallée du Rhône, un bon quart, soit 1511 hectares , sont en terrasses.

Vue sur Sion et les Alpes valaisannes

Malheureusement, l'état des lieux montre une détérioration des murs de pierres sèches. Cette situation est prise très au sérieux, notamment par le conseiller d'Etat Wilhelm Schnyder : " Une des causes de la détérioration constatée est à chercher dans la baisse du revenu agricole. En quelques années seulement, précise-t-il, ce revenu a diminué de 30%. Le Conseil d'Etat considère cette détérioration des vignobles en terrasses comme la menace d'une perte irréparable. "

Le vignoble valaisan, c'est 119'500 parcelles !

Avec 5259 hectares , le vignoble valaisan couvre 38% de la surface viticole suisse et 15% de la surface agricole utile (SAU) cantonale. Il s'étale sur près de 120 kilomètres sur les coteaux de la vallée du Rhône et s'habille de murs de pierres sèches édifiés pour retenir la terre fertile. La surface viticole totale est partagée en 119'500 parcelles appartenant à près de 23'000 propriétaires, chacun possédant en moyenne 2330 m2 . 76% des propriétaires exploitent eux-mêmes leurs parcelles. Les professionnels de la vigne et du vin représentent 8% des exploitants, mais cultivent 55% de la surface viticole. Quant aux vignerons occasionnels et les " polyculteurs ", ils représentent 92% des exploitants et cultivent 45% de la surface totale.

Parcelles appelées aussi parchets

Vignes en terrasses : potentiel supérieur

Une récente étude, intitulée " Vers une agriculture valaisanne durable ", démontre que le vignoble en terrasses a, en tous points, un potentiel supérieur au vignoble de plaine. D'où l'importance indéniable de la viticulture en forte pente en Valais : " Le vignoble en terrasses se distingue particulièrement par une empreinte marquée sur le paysage et une implication très forte dans la société valaisanne. Selon la localisation, il peut contribuer également au maintien d'une activité économique dans les zones périphériques ", peut-on lire dans cette étude. Par les revenus qu'elle génère (en Valais, 200 millions de francs environ de rendement brut selon les statistiques), la viticulture contribue au maintien du patrimoine bâti.

Ce document met en évidence un autre paramètre significatif : les vignes en terrasses et en forte pente sont particulièrement bien notées pour leur contribution importante à l'identité et à la préservation du paysage. Les milieux du tourisme apprécient également fortement l'apport paysager des vignes en terrasses, " un attrait que l'on pourrait encore renforcer en l'associant à des produits typiques de haute qualité ".

Murs de vignes à l'entrée de Sion

Un paysage façonné par l'homme

Ces murs affirment physiquement la structure en en soulignant les fondements. Les auteurs de l'étude estiment par ailleurs que ce périmètre viticole est la trace de modes de gestion et d'occupation du territoire liés à un climat ou à une culture locale. Les espaces viticoles en terrasses représentent sans aucun doute un des modèles les plus aboutis des paysages façonnés par l'homme. Ces murs sont donc chargés d'une longue histoire, puisque certains de ces vignobles en terrasses sont plus que centenaires.

De plus, les vignobles en terrasses jouent un rôle très important dans la stabilisation des terres agricoles. En effet, pour que les vignes puissent être cultivées sur les coteaux, il importe d'adoucir artificiellement les pentes naturelles, afin que les terres ne soient pas emportées, notamment lors d'apports d'eau importants, précipitations ou orages. Les murs sont précisément les ouvrages qui permettent de réguler par paliers les pentes de coteaux.

Paysage façonné par l'homme

Revers de la médaille : frais de production élevés

L'exploitation de vignes en terrasses sous-entend des frais de production très élevés. Selon le Service romand de vulgarisation agricole (SRVA), à Lausanne, les frais de production se montaient, en 1999, à 65'000 francs par hectare pour les cultures serrées sans mécanisation possible (55'000 francs par hectare en moyenne cantonale), contre environ 35'000 francs par hectare pour les vignes " mécanisables ". Ces frais élevés s'expliquent principalement par des conditions d'exploitation difficiles, en raison notamment de la forte pente, de l'éloignement, du morcellement des parcelles, ainsi que des difficultés d'accès et de mécanisation. Par ailleurs, l'entretien, voire la réfection des murs en pierres sèches, constituent un facteur non négligeable des frais de production globaux. Avec la diminution du revenu agricole ces dernières années, les propriétaires de vignes n'ont donc plus accordé une aussi grande importance à l'entretien des murs.

3000 kilomètres de murs

Rien qu'en Valais, selon une estimation, ces murs de pierres sèches s'étendraient sur quelque 3000 kilomètres , mais ce chiffre n'a jamais été vérifié. Au vu de leur détérioration, le canton du Valais a décidé de réagir : " Nous avons la volonté de préserver ces murs. S'ils venaient à être abandonnés, cela poserait notamment un sérieux problème de sécurité pour la population, avec un risque d'éboulement accru sur les fortes pentes. Il y a dès lors lieu d'établir un calendrier des recommandations techniques pour la sauvegarde de ces murs ", souligne Wilhelm Schnyder.

Afin de contrer un éventuel risque d'abandon, trois types de mesures ont été étudiés : la première consisterait en une différenciation des vins issus de terrasses par le biais d'une mention spécifique associée à des règles de qualité établies (label " Terrasses " par exemple). Deuxième mesure : l'entretien accru des murs en pierres sèches aujourd'hui en danger et sans lesquels aucune production en terrasse n'est possible. Enfin, la troisième mesure serait liée à la recherche de moyens nouveaux de rationalisation des travaux.

Financement : un problème ardu!

Autre problème : pour sauver ces murs, il est nécessaire de disposer de gros moyens financiers, étant entendu qu'à plus long terme les fonds privés seront insuffisants pour remettre ces murs en état. Le conseiller d'Etat Wilhelm Schnyder indique qu'il y a possibilité d'obtenir un financement du Fonds suisse pour le paysage, lequel dispose encore de 50 millions de francs. Autre piste explorée par le chef du Département des finances, de l'agriculture et des affaires extérieures : la Confédération , qui pourra encore débloquer des fonds dans le cadre de la nouvelle politique agricole PA 2007. Quant au canton du Valais, Wilhelm Schnyder souligne qu'il ne pouvait faire aucune promesse à l'heure actuelle, " mais je peux assurer que je placerai le sauvetage des murs en pierres sèches dans les priorités ", relève-t-il.

Le Valais propose une démarche en six étapes

Sur la base de deux études commandées par le Service de l'agriculture visant notamment à définir concrètement un concept général de sauvegarde des murs ainsi qu'à documenter les composantes techniques essentielles, le canton du Valais propose une démarche en six étapes :

Déterminer les entités paysagères viticoles de sauvegarde au niveau cantonal, régional et communal. Cette classification s'articule autour de cinq critères principaux : intérêts viticoles, architectures paysagères, aspects de protection des sites, fonctions touristiques et richesses naturelles. L'examen de la valeur des sites viticoles sera coordonné notamment avec le développement du système d'information du territoire cantonal.

Etablir des recommandations et prescriptions techniques et esthétiques. Les murs en pierres sèches des coteaux valaisans ont été construits sur des bases de dimensionnement empiriques. Ces recommandations et prescriptions sont destinées à être vulgarisées et diffusées auprès des viticulteurs, entrepreneurs et communes. Ces recommandations poursuivent deux buts distincts : fournir aux viticulteurs et constructeurs des consignes simples à respecter pour que les travaux de maintenance ou de construction aient les effets durables escomptés ; fournir aux communes des recommandations sur la gestion optimale de leurs périmètres viticoles.

Mur reconstruit, au premier plan

Etablir des plans de développement de l'espace viticole. Ceux-ci doivent être réalisés avec les propriétaires et communes intéressés. Ils poursuivent plusieurs objectifs convergents : dresser un diagnostic précis de l'état des murs en terrasses ; inventorier les causes de dégradation, notamment les éventuelles déficiences en matière de gestion des eaux de surfaces et d'irrigation ; proposer une amélioration significative des structures de protection ; deviser les coûts des différentes interventions et définir les soutiens publics et privés.

Déterminer des modèles de financement possibles. Une rénovation des murs de terrasses à grande échelle va incontestablement entraîner des investissements importants. Outre les fonds publics, des appels à des fonds privés ou des organisations spécialisées devront être lancés.

Organiser des formations spécialisées : la seule diffusion de consignes simples ne saurait suffire. L'appareillement de murs en pierres sèches est une tâche délicate. Ce savoir est à transmettre aussi bien aux professionnels de la viticulture qu'aux spécialistes de la construction. Des cycles de formation particulière sont à mettre en place auprès des écoles professionnelles et d'agriculture du canton.

Domaine du Mont d'Or

Renforcer les échanges avec l'étranger. Les études commanditées font état de démarches similaires entreprises dans divers pays européens. La démarche valaisanne s'inspire aussi d'expériences et de réflexions déjà conduites en France, Espagne, Portugal et Grèce notamment. Il paraît particulièrement utile d'échanger des informations sur les problèmes rencontrés et les solutions apportées. " Tous ces pays sont préoccupés par la sauvegarde de ces murs. L'échange d'expériences sera profitable à tout le monde ", a estimé Wilhelm Schnyder.

Le canton du Valais doit aujourd'hui relever le défi de la mise en place une stratégie visant à sauvegarder son patrimoine. Comme l'a enfin indiqué le conseiller d'Etat en charge de l'agriculture, seule une collaboration étroite avec les communes concernées et les professionnels de la vigne et du vin permettra de préserver et de valoriser ce patrimoine authentique : " C'est cette collaboration qui est souhaitée dans l'intérêt collectif du canton, étant entendu qu'une économie viti-vinicole saine restera la première garantie du maintien de ce patrimoine viticole et paysager ", termine Wilhelm Schnyder.

AGIR

 

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