Histoire de l'Abbaye

L'Abbaye de Saint-Maurice doit son origine au sanctuaire élevé sur le tombeau de saint Maurice et de ses Compagnons martyrs, soldats originaires de Thèbes en Égypte, morts en Valais témoins de leur foi vers la fin du IIIe siècle.

Saint Théodore, évêque d'Octodure, rassemble les corps des Martyrs dans de grands caveaux au pied d'une falaise, vers 380. Saint Sigismond, futur roi des Burgondes fils du célèbre Gondebaud, fonde le monastère qu'il dote et, le 22 septembre 515, il inaugure la louange perpétuelle, tandis que l'abbé saint Ambroise (516-520) élève une nouvelle basilique contiguë au sanctuaire primitif. Le Monastère d'Agaune ainsi fondé comprend une communauté de moines préposés à la garde du sanctuaire et à l'accueil des pèlerins.

Au IXe siècle, des chanoines succèdent aux moines ; en 1128, ils adoptent la Règle de saint Augustin. Ce sont désormais des chanoines réguliers et ce, jusqu'à maintenant.

Le culte des Martyrs se développe. La terre d'Agaune devient un centre spirituel du second royaume de Bourgogne (888-1032), puis de la dynastie des Savoie.

Dès l'origine, l'Abbaye possède son baptistère ; des privilèges pontificaux et royaux la placent sous l'immédiate dépendance du Siège apostolique. Les abbés de Saint-Maurice jouissent du pouvoir temporel, et parfois spirituel, sur nombre de bourgades et hameaux. L'Abbaye, exempte de toute juridiction épiscopale, devient nullius dioeceseos (on dit actuellement " abbaye territoriale "). L'abbé y exerce une juridiction propre sur le clergé et les fidèles d'un petit territoire d'une superficie d'environ 9685 ha .

Le martyre de saint Maurice et de ses Compagnons

La longue histoire de l'Abbaye de Saint-Maurice est intimement liée à celle de la ville du même nom.

La petite cité de Saint-Maurice est née dès l'époque préhistorique. Elle s'appelait alors " Acaunus ", nom d'origine celtique faisant allusion à une roche pointue, sans doute la " Cime de l'Est " qui domine la région. Le temps a fait évoluer le nom qui devient " Agaunum " à l'époque romaine. Dans l'étroit défilé par où le Rhône s'échappe du Valais pour courir vers le Lac Léman, l'Empire romain avait installé une garnison qui contrôlait le passage. En effet, Agaunum était sur la route du Summus Poenius (Col du Grand-Saint-Bernard) qui conduisait soit vers la Germanie rhénane, soit vers la Gaule septentrionale.

C'est ainsi que sous le règne simultané de Dioclétien et de Maximien, à la fin du troisième siècle, une troupe fut appelée d'Égypte, pour appuyer Maximien affronté aux Bagaudes et aux Alamans. Ces soldats s'appelaient thébains, du nom de Thèbes (Louqsor) en Haute-Egypte. Cette troupe campait près d'Agaune et Maximien voulut contraindre ces soldats chrétiens à agir contre leur conscience en sacrifiant aux dieux et en persécutant d'autres chrétiens. Saint Maurice et ses compagnons décidèrent d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes et ils périrent sous le glaive de la discipline romaine.

Vers 430, Saint Eucher, évêque de Lyon, écrivit le récit de ces événements dans la " passion des martyrs d'Agaune ". Un autre récit, anonyme, éclaire sous un aspect cet événement.

La fondation de l'Abbaye

Le premier évêque du Valais, saint Théodule, bien attesté dans l'histoire de l'Église pour sa participation au Concile d'Aquilée en 381, avait son siège épiscopal à Octodure, aujourd'hui Martigny. C'est lui qui rassembla les restes des martyrs thébains, au lieu-dit Vérolliez, et les déposa dans un premier sanctuaire au pied de la falaise rocheuse d'Agaune, vers 370 après J.-C.

L'endroit est déjà sacré : c'est un lieu de prière et de sépulture. On y trouve un sanctuaire dédié aux Nymphes, à côté d'une source vive qui chante aujourd'hui encore les bontés du Créateur. Bientôt les pèlerins accourent : le sanctuaire est agrandi et on construit un hospice pour les accueillir.

À la domination romaine succéda bientôt le royaume des Burgondes. L'un de ses princes, Sigismond, fonda le monastère qui intégra la première fondation de saint Théodule.

Le monastère fut inauguré solennellement le 22 septembre 515. Saint Avit, évêque de Vienne sur le Rhône prononça l'homélie. En 524, Sigismond fut tué avec sa famille par le roi franc Clodomir, suite sans doute d'une vengeance personnelle. On rapporta d'Orléans ses restes pour les déposer dans la chapelle Saint-Jean, devenue plus tard l'église paroissiale Saint-Sigismond à Saint-Maurice.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Jean-Marie Theurillat, L'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune des origines à la réforme canoniale, 515 - 830 environ , dans Vallesia 9, 1954, 1-128.

Gilbert Coutaz, etc., Les chanoines réguliers de Saint-Augustin en Valais : Le Grand-Saint-Bernard, Saint-Maurice d'Agaune, Les prieurés valaisans d'Abondance . Bâle, Francfort-sur-le-Main, Éditions Helbing et Lichtenhahn, 1997, 564 p. (Helvetia sacra, Section IV, volume 1). [Avec une bibliographie récente et complète].

Remo Becci, Le chartrier de l'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (1128-1292) : édition et présentation , 5 vol., thèse pour le diplôme d'archiviste paléographe, École nationale des Chartes, Paris, 1997.

Louis Blondel, "Les anciennes basiliques d'Agaune, étude archéologique", dans Vallesia 3 , 1948, p. 9-57 [un peu vieilli].

Daniel Thurre, L'atelier roman d'orfèvrerie de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (1155-1225) : synthèse, essai critique , Sierre, Monographic, 1992 [avec bibliographie exhaustive sur les pièces du trésor de Saint-Maurice].

Saint Maurice et la Légion thébaine - Mauritius und die thebäische Legion. Actes du colloque, 17-20 sept. 2003, Fribourg, Saint-Maurice, Martigny. Herausgegeben / Textes réunis par Otto Wermlinger, Philippe Bruggisser, Beat Näf, Jean-Michel Roessli. Fribourg, Academic Press, 2005, 520 p. (Collection Paradosis, volume 49) [avec une bibliographie récente et complète].

 

HISTOIRE DES ARCHIVES DE L'ABBAYE DE SAINT-MAURICE

L'abbaye de Saint-Maurice est la plus ancienne abbaye d'occident toujours en fonction. Dès le troisième quart du IVe siècle pèlerins, moines, puis chanoines affluèrent sur le lieu où reposent Maurice et les autres soldats de la légion thébaine, martyrisés à Agaune entre 280 et 290. Les archives de l'abbaye témoignent à leur manière de ce culte.

En avril 1998 fut réalisée une estimation sommaire du volume des archives à classer. Au début de l'année 1999 a été mis sur pied un comité de soutien aux archives abbatiales composé de spécialistes.

Durant l'hiver 1999-2000, la salle historique des archives a été rénovée, de nouveaux rayonnages installés. En juin 2000, la " Fondation des archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice " a été constituée.

http://www.aasm.ch

http://www.abbaye-stmaurice.ch

 




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